Prisons de la honte

avril 25, 2011

Prisons belges – Arbi Zarmaev: Lettre Ouverte 25.4.2011

Cher H.,

Ce sont toujours les mêmes personnages qui reviennent.

Le ministre de la Justice Stefaan De Clerck et les membres de son Cabinet, les membres de la Ministère de la Justice qui travaillent aux prisons, les directeurs de la prison, la direction générale des prisons belges (et son administration), des avocats, des juges, et des politiciens.

C’est la même gang. Notre ‘système démocratique’, comme en Italie et ailleurs, est en grande partie dans les mains de la mafia. Et il est très difficile de s’opposer à ce système, parce que les gens qui y travaillent, ont ​​tous les pouvoirs. Ils contrôlent la presse et ils ont une sorte de pouvoir absolu. Et ils forment une puissance internationale. Il y a, par exemple, toutes sortes de contacts européens et inter-gouvernementales qui font partie de «la lutte contre le terrorisme». Et les «terroristes» ce ne sont plus des hommes masqués lançant des bombes ou la résistance armés qui s’oppose à la néo-colonialisme. Non, NOUS et l’opposition politique qui reste, sont les “terroristes” qui doivent être éliminés.

Concerne Arbi dans la prison de Bruges, sa situation s’est quelque peu améliorée. De temps à temps on le met dans un petit espace ouvert où il y a un peu d’air et de lumière. On lui donne un peu plus à manger parce qu’il est tout à fait faible et mal nourris.
On lui a même donné ses pantoufles ;)
Mais il reste enfermé dans une cage de chien de 2 x 3 m, ce qui est bien pire qu’une cage dans un centre de détention pour les chiens. Les chiens qui y résident, ont au moins suffisamment de lumière, d’air et de contact (wafwafwaf) avec d’autres chiens. Et ils peuvent se voir.

14:40 Gepost door Jan Boeykens in ActualitéBrugesPrisonsZarmaevPermalink | Commentaren (0) | Email dit | Tags: prisons belges,brugesarbi zarmaevlettre ouverte25.4.2011

avril 22, 2011

Arbi Zarmaev: Prison de Bruges – 22.4.2011

From: Jan Boeykens
Date: 2011/4/22
To: Khedi Zarmaev

Chère Khedi,

Pour nous, Arbi sera libéré si nous le voyons vivant à notre table.

J’ai entendu qu’il n’aurait pas suffisant à manger.

Est-ce que tu as entendu qqchose de votre argent sur le compte de Arbi ? Un télévision sur son cage de chien est le minimum qu’on le peut donner pour les jours qu’ils restent.
Et chaque jour il doit sortir. Il a le droit de téléphoner et d’écrire. Il a le droit d’avoir contact avec les autres prisoniers.

Et pourquoi il doit rester dans son cage de chien s’il deviendrait libéré un de ces jours comme Pax Christi écrivait le 8ième avril 2011?

Salutations à Arbi, Ayndi, vos parents, Imran et toutes les hommes de coeur.

avril 21, 2011

Prison de Bruges: Arbi Zarmaev reste enfermé

PRISON DE BRUGES: ARBI ZARMAEV RESTE ENFERMÉ

Arbi Zarmaev est toujours enfermé dans une cage en béton d’a peine 2×3 m. dans la section de haute sécurité individuelle de la prison de Bruges.

Pour la première fois depuis quinze jours, sa soeur a eu aujourd’hui la permission de le voir. Hier, l’activiste des droits de l’Homme et membre de Pax Christi Imran Ejiev a également pu lui rendre visite.

Par contre, le frère d’Arbi, Ayndi, n’a toujours pas le droit d’aller le voir, la direction de la prison ayant prolongé de dix jours la période où la visite lui est interdite.
Cette interdiction avait été ocasionée par le fait que le psychiatre de la prison avait dit à Ayndi et sa soeur que leur frère allait bien, tandis que le même jour la femme d’Arbi avait eu la permission de jeter un oeil par la lucarne de la porte sur son mari qu’elle avait vu couché par terre, quasiment sans connaissance. Là-dessus, Ayndi avait reproché au psychiatre d’avoir menti sur l’état de santé de son frère, ce qui aurait donné lieu pour le psychiatre d’avertir le premier ´qu’il serait lui aussi bientôt privé de sa liberté, s’il n’arrêtait pas vite ses commentaires’.
Ce sur quoi, le psychiatre a appelé la police pour leur annoncer que le frère d’Arbi le ‘menaçait’.

Pax Christi, qui soutient Arbi Zarmaev, fit savoir le 8.04.2011 que la Cour pour les Droits de l’Homme avait décidé le 5.04.2011 d’annuler la décision signée par ministre De Clerck et puis approuvée par le Conseil de l’Etat d’extradier Arbi Zarmaev vers la Russie et le pouvoir en place en Tchétchénie.
Pax Christi écrivit à cette occasion ‘que Arbi Zarmaev sera vite libéré’. Mais l’Etat belge a apparemment décidé de tenir Arbi Zarmaev enfermé dans sa cage de la section de haute sécurité individuelle de la prison de Bruges, bien qu’il est physiquement dans un état d’épuisement total et de fort affaiblissement causé par la faim.
Il ne semble pas donc pour l’instant que sa libération soit proche.

Le problème est donc loin d’être résolu. Vu l’état de santé d’Arbi Zarmaev, il vaudrait peut-être mieux aller refrapper un grand coup sur la porte d’Amnesty International.

Photo: Devant le Palais Royale à Bruxelles

avril 18, 2011

Prisons belges: plainte à l’ombudsman fédéral

MINISTRE DE CLERCK, HANS MEURISSE: AUCUNE RÉPONSE

Monsieur Guido Schuermans, Ombudsman fédéral 43, Rue du Duc, 1000, Bruxelles

Cher Monsieur Schuermans,

Objet: Arbi Zarmaev, prison de Bruges- Le Ministre de la Justice De Clerck et le Directorat-Général des Institutions Pénitentiaires ne répondent pas à nos questions – Plainte

Dans le dernier rapport annuel que vous et votre collègue Catherine De Bruecker avez soumis au Président de la Chambre, vous constatez ‘‘que les citoyens cette année-ci pas moins que les années précédentes, se plaignent d’un manque d’informations et de travail communicatif de la part du gouvernement fédéral’’. Et effectivement, nous de notre côté ne pouvons que constater que la situation sur ce point devient de plus en plus grave.

Notre conclusion sur ce sujet est basée sur le fait que nous n’avons reçu aucune réponse de la part du ministre de la Justice De Clerck à nos lettres concernant les pratiques de torture et d’isolement (et l’utilisation de drogues psychiatriques) à l’encontre de Monsieur Arbi Zarmaev.

La famille de Monsieur Armaev a envoyé quatre lettres en recommandée au ministre au cours des derniers 21 mois. A ces lettres-là non plus il n’y eut aucune réponse.

Ma visite en compagnie de la famille de Monsieur Zarmaev au cabinet du ministre (115, Rue Waterloo. Bruxelles) il y a dix jours, n’a également pas eu de résultat.   Le service d’accueil nous fit savoir que les lettres sus-nommées se trouvaient rangées dans ‘un petit dossier de renseignements’ au sécrétariat du Directorat-Général des Institutions Péntitentiaires, qui est géré par Monsieur Hans Meurisse.

Après avoir téléphoné aux dits services de Monsieur Meurisse, on nous annonça que nous étions attendus au bureau de ce Monsieur, au 76 Avenue Waterloo, 1000, Bruxelles. Arrivés sur place, la sécrétairesse de Monsieur Meurisse nous fit néanmoins savoir ‘‘qu’il n’était pas possible d’arranger un rendez-vous’’ et qu’on nous priait ‘‘d’envoyer un petit mail ou de téléphoner’’ . Quand nous protestâmes que le service d’accueil du cabinet du ministre De Clerck venait juste de lui téléponer pour prendre un rendez-vous, la dame resta muette. Ensuite nous entamâmes les lettres envoyées en recommandée qui était restées sans réponse, disant que cette expérience-là nous semblait suffisante pour oser conclure qu’une réponse à un petit mail de notre part n’était pas vraiment une chose très vraisemblable à attendre. Ce à quoi la dame répondit par un haussement d’épaules pour nous planter là ensuite.

Quand nous eûmes retourné le cabinet du ministre De Clerck, le service d’accueil reprit contact avec le bureau de Monsieur Meurisse. On nous transmit le numéro de téléphone de la sécretaresse de Monsieur Meurisse. Quand nous téléphonâmes ensuite à la dame, elle essaya de s’esquiver. A nos insistances, elle finit par répondre finalement ‘‘qu’on allait voir ce qu’on pouvait faire pour nous’’.

Une chose nous paraît ainsi être prouvée par la présente, et c’est que le manque d’informations et le manque de capacités communicatives de la part du gouvernment et ses services, mènent immanquablement à des situations inadmissibles, ce qui amène les citoyens sans cesse à chercher le recours du Ombudsman qui lui n’arrivera jamais à changer quoi que ce soit à la situation.

Voilà donc la raison pour la plainte que nous vous adressez.

En espérant que vous voudriez bien la prendre au sérieux, nous vous prions d’agréer l’expression de nos sentiments les plus distingués.

Jan Boeykens
Président du Werkgroep Morkhoven
10, Rue Faider
1060 Bruxelles

Photo: Parlement européen

avril 17, 2011

Arbi Zarmaev: sa famille a pu le voir un unstant

Comme prévu, Arbi Zarmaev – l’homme qui aurait dû être relâché il y a un an- a comparu, le 15.4.2011, après 21 mois de prison devant la Chambre de Conseil.

Le ministre de la Justice De Clerck (CD&V, le parti flamand des chrétiens-démocrates) qui a voulu coûte que coûte extradier Arbi Zarmaev et qui avait négocié à cette fin avec l’ambassade russe, a joué un rôle inadmissible dans cette affaire.

Pendant que le ministre ne peut plus du point de vue légal être vraiment dit ministre, – le pays attendant toujours l’installation d’un nouveau gourvernement,-il a cependant eu l’occasion de commettre plus d’erreurs que seulement celle de violer le principe de la séparation des pouvoirs.

En effet, Arbi Zarmaev a été laissé 4 jours sans boire et manger pendant sa réclusion solitaire à la prison de Hasselt, ce qui a entraîné une déshydratation grave et d’autres dommages pour sa santé déjà gravement atteinte. On lui a aussi administré de force un neuroleptique (Clopixol). Sa famille a plusieurs fois protesté auprès du ministre par lettre recommandée, mais elle n’a jamais reçu de réponse de sa part. Il y a à peu près trois semaines, Arbi Zarmaev a été transféré vers la prison de Bruges, où il a été enfermé dans une espèce de cage pour chiens qui mesure 2 mètres par 3, presque totalement sans lumière, où il était en effet bien pire logé que les chiens d’un chenil, puisque ceux-là ont assez de lumière et d’air frais et on ne les torture pas. Bien qu’Arbi Zarmaev était physiquement complètement épuisé, on le réveillait tous les 15 minutes chaque nuit avec force bruit et lumière. On lui a donné un nouveau neuroleptique qui devait le rendre ´plus sociable´. Juste avant qu’il devait comparaître de nouveau devant le Conseil de l’Etat (il y a à peu près 10 jours) pour voir être approuvée la décision de De Clerck de l’extradier vers la Russie, on a commencé à tenir Arbi Zarmaev dans l’isolement total. La direction de la prison répétait continuellement ´que le prisonnier lui-même ne voulait avoir plus aucun contact´ ni ‘signer la moindre note de la prison lui permettant de correspondre par lettres, de téléphoner, d’avoir la télévision, d’aller à la promenade dans la cour ou d’avoir des contacts avec ses co-détenus´. La famille d’Arbi était désespérée de ne plus pouvoir le rencontrer et craignait qu’il n’allait mourir en prison. Ni leurs visites à la prison, ni celles au cabinet du ministre De Clerck, ni celles au bureau du directeur Hans Meurisse du Directorat-Général des Institutions Pénitentiares, n’ont ressorti le moindre effet. La direction de la prison prétendait qu’on voulait ´respecter sa volonté de s’isoler complètement.

Le 14.4.2011, la famille a reçu une copie de la requête pour sa mise en liberté de la part de son avocat. Et le 15.4.2011 donc la Chambre de Conseil s’est penchée sur l’affaire. La famille d’Arbi a pu le voir un instant et échanger quelques paroles avec lui. Les blessures profondes aux poingets et aux chevilles qu’il a par suite d’avoir dû porter des menottes pendant si longtemps, paraissaient loins d’être guéries. Une opération chirurgicale n’était plus possible depuis que les blessures qui vont jusqu’à l’os, se sont infectées. Arbi a demandé à sa famille ´pourquoi elle n’était plus venu le voir depuis 10 jours’. Sa raison est intacte, en dépit de toutes les tortures qu’il a connues, de sa réclusion solitaire et des drogues psychiatriques qu’on lui a forcé à prendre.

Photo: Avant le Palais Royale à Bruxelles

avril 15, 2011

Affaire Zarmaev: ministre de la justice viole le principe de la séparation des pouvoirs

LE MINISTRE DE LA JUSTICE ENFREINT LA RÈGLE DE LA SÉPARATION DES POUVOIRS

Aujourd’hui, le 15 avril 2011, l’affaire Arbi Zarmaev sera examinée par la Chambre de Conseil.

Ce qu’il y a de particulier dans ce cas, c’est que, comme les avocats d’Arbi Zarmaev l’expliquent, le prisonnier aurait normalement dû être relâché après 6 mois de prison. On peut donc se demander pourquoi ce mois-ci il finit son 21ième mois en prison sous des circonstances qu’on ne peut imaginer plus inhumaines, impliquant des tortures et des privations en tous genres qui ont détruit sa santé.

La chose la plus remarquable dans cette affaire, c’est le rôle qu’y joue le ministre de la Justice Stefaan De Cerck.

De Clerck tient absolûment à extradier cet homme vers la Russie, en dépit de la décision de la Cour d’Appel de Gand qui a décidé d’annuler cette extradition, à cause des violations graves des droits de l’Homme et des tortures qui ont cours dans ce pays, et à cause de l’impossibilité pour la Cour Européenne de contrôler les conditions de détention dans les prisons russes vue le fait qu’elle n’a pas accès à ces prisons.

On est également en droit de se demander de quel droit De Clerck se croit permis d’extradier cet homme vers un pays où on pratique encore la peine de mort, bien que les traités européens indiquent clairement qu’il y a un interdiction pour la Belgique d’extradier des gens vers de tels pays.

On peut également se demander pourquoi le ministre n’accepte pas simplement les arrêts de la cour de Justice à laquelle appartient le droit exclusif de juger cette affaire. C’est fouler aux pieds le principe de la séparation des pouvoirs que le ministre lui-même cite si souvent.

Un ministre ne peut prendre la place d’une cour de Justice. Cela signifierait en fait la fin de l’Etat de Droit et l’inutilité des cours de Justice.

Si Monsieur Arbi Zarmaev vient à mourir en prison, la faute politique que ministre De Clerck qu’il a commise, est très grave.

avril 13, 2011

Arbi Zarmaev: 24 heures sur 24 heures enfermé

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TORTURE ET ISOLATION EN BELGIQUE: ARBI ZARMAEV

Sur notre réunion de 12.4.2011 dans le parc au Palais Royal à Bruxelles, il y avait presque plus de policiers que des sympathisants d’Arbi. Arbi reste 24 heures sur 24 heures enfermé dans une petite cellule non éclairée de 2 x 3 mètres à la prison de Bruges. Il n’a pas de contacts avec sa famille, ni avec les autres détenus. Il n’a pas la permission de téléphoner, de sortir un peu, de correspondre et de regarder la télévision. Le directoriat-géneral des prisons prétend qu’il n’est pas été sanctionné. Sa santé reste critique après les tortures dont il était victime.

Jan Boeykens

avril 8, 2011

Prisons de la honte: Bruges (Belgique)

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30 novembre 2006: Lettre ouverte à Mme Laurette Onkelinx, Ministre de la Justice

Le mardi sept novembre, la Cour d’Appel de Gand a condamné sept membres du mouvement révolutionnaire turc DHKP-C à des peines allant de quatre à sept années d’emprisonnement. La notion d’«organisation terroriste» compte parmi les principaux motifs invoqués par la Cour pour justifier son verdict. La figure du terroriste semble appeler un régime d’exception. Sur le plan juridique tout d’abord, puisque cette condamnation repose sur des articles du Code pénal introduits par une loi de 2003 qui permettent notamment de condamner des personnes sur la base de leur appartenance à ce type de groupement et ce, le cas échéant, en l’absence de toute implication avérée dans la commission d’un acte délictueux ou criminel. Sur le plan judiciaire ensuite, puisque l’affaire a été instruite, non par le Parquet de Bruges, dont dépend le territoire sur lequel les infractions principales ont été commises, mais par le Parquet fédéral, au motif que celui-ci était spécialisé en matière de terrorisme. Le caractère exceptionnel du traitement des affaires « terroristes » ne se limite malheureusement pas à ces deux plans juridique et judiciaire. Les conditions d’incarcération des personnes condamnées pour des faits de terrorisme relèvent d’un régime lui aussi d’exception.

Les témoignages des détenus incarcérés à Bruges diffusés par le Comité pour la Liberté d’Expression et d’Association et corroborés par l’Observatoire International des Prisons, la Liga Voor Mensenrechten et la Ligue des Droits de l’Homme, suscitent les plus grandes inquiétudes. En effet, il apparaît notamment au travers de ceux-ci que les prisonniers sont isolés des autres détenus, qu’ils sont confinés vingt-trois heures sur vingt-quatre dans leur cellule, que durant leur unique heure de répit, ils sont seuls au préau, que les visites qui leur sont autorisées sont exclusivement celles de leurs avocats ou dans certains cas d’un cercle familial défini de manière très restrictive, et enfin, que certaines pratiques contribuent à organiser une privation de sommeil. Les lampes de leurs cellules restant allumées en permanence, il leur est quasiment impossible de dormir. La seule femme condamnée n’a pas de famille en Belgique et elle ne reçoit aucune visite, puisque seuls les membres de la famille nucléaire y sont autorisés. Elle n’a vu personne depuis le 28 février mis à part ses avocats. La condamnation à une peine d’emprisonnement pour des faits qualifiés de « terroristes » semble impliquer dans les faits un second niveau de sanction. Les conditions de détention particulièrement dures créent une forme de double peine paralégale, exposant ainsi les individus à l’arbitraire de l’administration pénitentiaire ou de l’autorité politique dont elle dépend.

Sauf à verser dans une logique de l’expiation par la souffrance, rien ne permet de justifier pareil traitement. Aucun impératif de sécurité ne semble recommander la permanence de l’éclairage ou de l’isolement total d’un détenu. Quand bien même un tel état de nécessité existerait, ces pratiques ne seraient pas acceptables pour autant. Comme le constatent les organisations susmentionnées, « le manque de sommeil et l’isolement ont des conséquences désastreuses sur l’état mental et physique des individus » et « ces méthodes sont contraires aux libertés et droits fondamentaux ». Que ce soit sciemment ou par négligence, soumettre un individu à pareil traitement revient à l’exposer à de graves séquelles. Tolérer que l’on inflige à une personne un traitement générant d’aussi lourdes souffrances s’apparente à l’acceptation, sinon d’une forme de torture, du moins de traitements inhumains ou dégradants. Or, l’article 3 de la Convention de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales l’exprime sans ambages : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ». La jurisprudence de la Cour europénne des Droits de l’Homme a donné chair à ce principe général en rappelant que « L’article 3 de la convention impose à l’Etat de s’assurer que tout prisonnier est détenu dans des conditions qui sont compatibles avec le respect de sa dignité humaine, que les modalités d’exécution de la mesure ne soumettent pas l’intéressé à une détresse ou à une épreuve d’une intensité qui excède le niveau inévitable de souffrance inhérent à sa détention et que, eu égard aux exigences pratiques de l’emprisonnement, la santé et le bien-être du prisonnier sont assurés de manière adéquate » (Arrêt Valasinas c. Lituanie du 24 juillet 2001). La Cour européenne des droits de l’Homme a en outre estimé qu’un isolement social pouvait dans certaines circonstances constituer une violation de l’article 3 de la Convention (arrêt Van der ven c. Pays-bas du 4 février 2003). De plus, dans une autre affaire (arrêt Kalachnikov c. Russie du 15 juillet 2002), elle a jugé que « les conditions de sommeil étaient encore aggravées par la lumière constamment allumée dans la cellule, ainsi que par les va-et-vient et bruits générés par le grand nombre d’occupants. La privation de sommeil qui en est résultée doit avoir constitué un lourd fardeau physique et psychologique pour l’intéressé ». Enfin, les normes adoptées par le Comité du Conseil de l’Europe pour la prévention de la torture (CPT) relèvent d’une part qu’un régime d’isolement permanent peut s’assimiler à un traitement inhumain et dégradant, d’autre part que tout détenu a droit à un nombre d’heures minimales de sommeil (1).

En d’autres lieux, d’aucuns ont jugé que l’on pouvait soustraire les « terroristes » à l’interdit de la torture ou des traitements inhumains et dégradants et que ceux-ci pouvaient légitimement être privés de tout droit. L’histoire abonde d’exemples de régimes dictatoriaux ayant eu recours à des prisons secrètes. Plus près de nous dans le temps, les geôles de Guantanamo ou d’Abou Ghraib ont créé des zones de non-droit exposant les détenus au déchaînement de l’arbitraire. Fort heureusement, nous n’en sommes pas là en Belgique. Néanmoins, la mise en œuvre d’un régime d’incarcération d’exception, et ce, alors qu’aucune loi ne définit ce régime, nous paraît introduire une part importante d’arbitraire au sein du système judiciaire de notre pays. Notre démocratie se prévaut d’être un Etat de droit dans lequel la loi protège les individus contre les abus du pouvoir. C’est pourquoi nous vous demandons, Madame la Ministre, de garantir à ces personnes des conditions d’incarcération qui n’outrepassent pas ce que la loi prévoit et qui sont conformes aux engagements internationaux de la Belgique en matière de sauvegarde des Droits et Libertés.

Benjamin Denis (Politologue FUSL)

Plus de deux cents personnes ont déjà adhéré, en quelques jours, à cette lettre ouverte. Vous pouvez le faire aussi en envoyant un email à Madame Nadine Rosa-Rosso

http://www.leclea.be/pages/lettre-ouverte-onkelinx.html

Réfugés politiques: Le dossier ‘Arbi Zarmaev’

APPEL URGENT – PRISON DE BRUGES – LETTRE OUVERTE AU MINISTRE DE CLERCK , MINISTRE BELGE DE LA JUSTICE (Parti des démocrates-chrétiens)

Bruxelles, le 6 avril 2011

Au ministre de la Justice Stefaan De Clerck 115, Avenue de Waterloo 1000, Bruxelles

Cher Monsieur De Clerck,

Objet: Arbi Zarmaev, mes lettres des 26 et 28-3, et du 1-4-2011

Vous n’avez pas répondu à mes lettres au sujet du cas de Monsieur Arbi Zarmaev, l’homme qui après son isolement dans la prison de Hasselt, connaît maintenant le même sort dans la prison de Bruges où il est enfermé depuis une semaine dans une cellule d’isolement obscurcie (ayant seulement une petite fenêtre opaque située dans le plafond) qui mesure 2 par 3 mètres.

Je vous ai informé du fait que cet homme est gravement malade et que son poids est descendu à 50 kilos. Notre petite visite avec la famille Zarmaev à votre cabinet et au Directorat-Général des Institutions Penitentaires (Hans Meurissen) n’a non plus donné le moindre résultat quant à une solution de ces problèmes pour lesquels nous avons sollicité votre attention urgente.

L’état de santé de Monsieur Zarmaev continue de se détériorer de jour en jour.

Selon nos dernières informations l’homme que vous tenez à extradier vers la Russie, ayant signé un contrat à cette fin, ne serait plus guère capable de bouger. Je comprends que vous ne souhaitez soulever aucun bruit autour de ce dossier politique, mais à moi cela ne paraît nullement une raison suffisante pour laisser mourir Monsieur Zarmaev dans sa cellule, ni pour interdire tout contact entre lui et sa famille, comme cela a été fait il y a une semaine.

Monsieur Zarmaev a besoin de soins médicaux urgents et ne peut être tenu plus longtemps enfermé dans une cage à chiens (quoique les chiens dans un chenil ont une vie bien meilleure que lui) de votre prison modernisée de Bruges. Monsieur Zarmaev doit être de toute urgence transféré vers l’hôpital pour y faire traîter entre autre les blessures infectées qu’il a aux poignets et qui sont la suite du fait de l’avoir tenu menotté pendant une longue période (apparamment ces coupures ne se laissent plus suturer chirurgicalement ).

Permettez-moi d’encore une fois vous adresser un appel urgent pour que vous interveniez et preniez sans tarder votre responsabilité en tant que ministre de la Justice. Un seul coup de téléphone de votre part suffit pour sauver la vie d’un homme.

En attendant votre réponse, je vous prie d’agréer l’expression de mes sentiments dinstingués.

Jan Boeykens, 10, Rue Faider, 1060, Bruxelles

En attaché: la copie de notre lettre du 1-4-2011

Traduction: EHEU

avril 5, 2011

Prisons belges – tortures: l’affaire Arbi Zarmaev

Bruxelles, 4.4.2011 – Arbi Zarmaev, une réfugié politique tchétchène, qui est détenu pendant 21 mois en attendant son extradition à Russie, a été empêché de boire pendant quatre jours lors de son enfermement dans la cellule d’isolement à la prison de Hasselt (Belgique).

L’homme ne pèse plus guère que 50 kilos après avoir passé plusieurs semaines en isolement, et ce séjour en cellule d’isolement lui a valu des ennuis de santé supplémentaires, e.a. une grave déshydration et des problèmes au niveau du fonctionnement des reins.

En ce moment Arbi Zarmaev est enfermé dans la cellule d’isolement à la prison de Bruges, où l’on continue d’attaquer le peu de santé qui lui reste encore, en le  réveillant par exemple tous les quarts d’heure d’une manière brutale pour lui diriger le faisceau d’une torche électrique directement dans les yeux.

On utilise une sorte de revolver avec lequel on lui tire par la fenêtre de sa cellule un projectil contenant un somnifère dans le corps pour le faire dormir, soit disant parce qu’il serait ´dangereux´.

L’homme est couché jour et nuit dans sa cellule, qui est prèsque complètement dépourvue de lumière, étant donné que le jour ne peut entrer que par une petite fenêtre de 50 cm en verre sablé, située dans le plafond de la cellule qui a environ 2 mètres sur 3, pire d’un cage de chien.

On continue de lui refuser les soins médicaux urgents dont il a besoin, même après que ministre De Clerck ait été contacté plusieurs fois à ce sujet.

Il y a 2 ans que les autorités belges ont été condamné par le Comité Européen Contre la Torture, et elles font tout ce qu’elles peuvent pour empêcher d’attirer l’attention des organisations inernationales pour les droits de l’Homme (Pax Christi, Amnesty International, La Ligue pour les Droits de l’Homme) sur cette affaire. C’est pour cette même raison que les autorités refusent à quiconque le droit de consulter le dossier médical de Monsieur Zarmaev, qui probablement est incomplet et auquel manqueront au moins certains documents.

La direction de la prison et le ministère de la Justice lui refusent le droit de consulter un médecin externe à la prison, bien que tout détenu ait ce droit-là. De même, il n’a plus le droit de correspondre par courrier ou de se servir d’un téléphone parce que la loi belge sur les ‘droits des détenus’ qui date de 2004, n’est pas encore appliquée.

Il y a une semaine sa famille s’est vue être retiré le droit de lui rendre visite. Cela s’est produit quelques jours à peine avant la comparution de Monsieur Zarmaev devant le Conseil de l’Etat. C’est durant cette audience-là que l’accord d’extradition signée par ministre De Clerck, a été approuvé.

Le secrétaire du directeur-général des institutions pénitentiaires, Mr Hans Meurissen, déclare qu’Arbi Zarmaev a seulement le droit d’être en contact avec ce service-là et avec un avocat qui travaille pour le ministère de la Justice. Cet avocat prétend à chaque fois qu’Arbi ´ne veut plus voir sa famille’, bien qu’aujourd’hui il se contre-disât au téléphone en disant que cette décision ´lui paraisseraît hautement surprenante de la part de Monsieur Zarmaev’.

En plus, on tient Arbi Zarmaev sous médication forcée depuis assez longtemps déjà: on le drogue en lui injectant du Haloperidol (Haldol), un neuroleptique qui est produit par la société pharmaceutique belge Janssens et qu’on utilisait naguère en Russie pour rendre fou les opposants politiques et pour les éliminer. L’utilisation de Haloperidol était aussi courante dans les institutions psychiatriques belges, par exemple dans la clinique universitaire de Kortenberg, où cela résultait en une vague de suicides. Les effets que cette drogue produit sont entre autres des grimaces spasmodiques, des mains chroniquement tremblantes, une agitation physique incessante ainsi qu’une agitation mentale continue qui est un tourment insupportable et qui peut s’accompagner d’hallucinations, d’une confusion mentale et d’idées paranoïaques.

Nous avons eu aujourd’hui un entretien en présence de la famille d’Arbi Zarmaev avec le service d’accueil de la ministère de la Justice où se trouve le cabinet du ministre lui-même (115, Avenue de Waterloo, 1000, Bruxelles) et avec le secrétaire du directeur-général des institutions pénitentiaires au cabinet du directeur-général de ce service (76, Avenue de Waterloo, 1000, Bruxelles) où nous avons discuté tous ces sujets.

Lors de cet entretien j’ai insisté en particulier sur le fait que la famille de Monsieur Zarmaev n’avait obtenu aucune réponse aux lettres recommandées qu’elle avait envoyées au ministre de Clerck. Apparamment ces lettres ont été soigneusement rangées dans un ´petit dossier d’enquête ‘ sur le bureau du directeur-général Hans Meurissen.

Jan Boeykens
Photo: Ministre De Clerck avec son ami chrétien-démocrat, le premier ministre Yves Leterme

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